dont


dont

dont [ dɔ̃ ] ; devant voyelle [ dɔ̃t ] pron.
• fin IXe; lat. pop. de unde, renforcement de unde « d'où »
Pronom relatif des deux genres et des deux nombres représentant une personne ou une chose, et servant à relier une proposition correspondant à un complément introduit par de. lequel (duquel), qui (de qui). IExprimant le complément du verbe.
1Avec le sens adverbial de d'où marquant la provenance, l'extraction, l'éloignement. où (d'où). La chambre dont je sors. Les mines dont on extrait la houille. Il s'installa « dans la chambre dont Justin se retirait » (Duhamel).
Fig. Pour marquer l'origine, la descendance. « Rentre dans le néant dont je t'ai fait sortir » (Racine). « La famille distinguée dont il sortait » (Proust).
2Littér. (moyen, instrument) Avec lequel. « elle en fit des espèces de brodequins dont elle s'entoura les pieds » (Bernardin de Saint-Pierre).
Cour. La manière dont elle est habillée. La façon dont il lui a répondu. (Agent) De qui, duquel, par lequel. La femme dont il est aimé. Le coup dont il fut frappé ( ACADÉMIE ).
3(Objet) L'homme dont on parle. La maison dont je rêve. Avec un neutre, un indéf. Il n'y a personne dont il dise du bien. Rien ne se produit dont on puisse se réjouir. Ce dont je me souviens.
4(Amenant une relative complétée par une proposition conjonctive) Au sujet de qui, de quoi. « Un luxe, dont j'imagine aujourd'hui qu'il devait être affreux » (F. Mauriac).
IIExprimant le complément de l'adjectif. Le malheur dont vous êtes responsable. « Il a une application dont je suis content » (La Bruyère). Avec un neutre, un indéf. C'est ce dont je suis fier. IIIExprimant le complément de nom.
1Possession, qualité, matière (compl. d'un nom ou d'un pron.). Une plante dont les fleurs durent un jour. La maison dont on aperçoit la façade. « Elle dont la susceptibilité de paysanne fière se blessait d'un regard » (Zola). « Ce corps dont tous les contours sont doux » (Maupassant).
2Partie d'un tout (compl. d'une expression partitive).
Compl. d'un nom de nombre ou d'un indéfini numéral sujet. Des livres dont trois sont reliés; dont une dizaine m'appartient.
Compl. d'un nom de nombre ou d'un indéfini numéral compl. d'objet direct. Des livres dont j'ai gardé une dizaine. « Ceci n'ira pas sans de terribles conséquences, dont nous ne connaissons encore que quelques-unes » (Camus).
Amenant une proposition sans verbe. Être condamné à deux mois de prison dont un avec sursis. C'est un long texte dont voici l'essentiel. Quelques-uns étaient là, dont votre père : parmi lesquels. Dont acte.
⊗ HOM. Dom, don, donc.

dont pronom relatif invariable (latin populaire de unde, d'où) S'emploie pour relier une relative à un antécédent et comme substitut d'un complément précédé de de : Voici la personne dont je vous ai parlé. Tout dépend de la manière dont il agira.dont (difficultés) pronom relatif invariable (latin populaire de unde, d'où) Emploi Dont peut représenter des personnes ou des choses, et s'emploie pour de qui, duquel, desquels, etc. : une personne dont j'ai oublié le nom ; ces voyageurs, dont beaucoup viennent de loin ; le mal dont il est atteint ; le métal dont est fait ce bijou. Remarque Dont équivaut ainsi à un complément introduit par de : le nom de la personne..., beaucoup de ces voyageurs..., il est atteint du mal..., ce bijou est fait du métal... 1. Dont ne peut pas dépendre d'un complément introduit par une préposition. On dit la personne au sort de laquelle je m'intéresse (et non : la personne dont je m'intéresse au sort) ; le pays sur le sol duquel j'ai posé le pied (et non : le pays dont j'ai posé les pieds sur le sol). Remarque Un tel emploi est cependant possible si dont est également complément d'un autre mot de la relative qui n'est pas introduit par une préposition. « L'autre, dont les cheveux flottent sur les épaules »(A. France) : dont est complément à la fois de cheveux et de épaules (les cheveux de l'autre, les épaules de l'autre). 2. Dont exclut l'emploi du pronom en ou d'un adjectif possessif en rapport avec son antécédent dans la même proposition. On dit : les personnes présentes, dont je connais plus de la moitié (et non : dont j'en connais plus de la moitié) ; l'enfant dont on aperçoit la frimousse sur la photo (et non: l'enfant dont on aperçoit sa frimousse...). 3. C'est cela dont / c'est de cela que. Les deux constructions sont également correctes : c'est cela dont j'ai besoin ; c'est de cela que j'ai besoin. Recommandation Éviter en revanche de mêler les deux constructions (c'est de cela dont). 4. Dont / d'où. Aujourd'hui, dont n'est plus employé au sens concret pour marquer le mouvement hors d'un lieu. On dit : le pays d'où il vient, la maison d'où il est sorti. En revanche, il est employé pour marquer la provenance, l'origine : la famille dont il est issu. Remarque Dont, étymologiquement, signifie exactement « d'où » (latin de unde). ● dont (homonymes) pronom relatif invariable (latin populaire de unde, d'où) dom nom masculin don nom masculin dom nom masculin don nom masculin d'on pronom personnel donc conjonction

dont
Pron. relatif inv. Sert à introduire une proposition correspondant à un complément introduit par la Prép. de. Dont peut être:
rI./r Complément du verbe.
d1./d Comp. d'objet indir. L'homme dont je t'ai parlé.
d2./d Comp. circonstanciel. à la façon dont il s'y prenait, j'ai cru qu'il allait tout casser. La famille dont il sort est illustre. (Mais au sens concret: le bâtiment d'où il sort.)
rII./r Complément de nom et d'adj. (Dont ne peut pas être employé si le nom que le relatif complète est précédé d'un possessif ou introduit par une préposition.) Un combat dont l'enjeu est l'honneur. Ce nom dont vous êtes fier.
rIII/r (Introduisant une proposition sans verbe.) Parmi lesquels, lesquelles. Ils ont choisi dix personnes, dont moi.

⇒DONT, pronom relatif.
Pronom relatif des deux genres et des deux nombres introduisant une proposition relative à l'intérieur de laquelle il joue le rôle d'un complément prépositionnel introduit par de. Il est l'équivalent de de qui, duquel, de laquelle, desquels, desquelles lorsque l'antécédent, substantif ou pronom, désigne un être animé; de duquel, de laquelle, desquels, desquelles lorsque l'antécédent désigne un inanimé; de de quoi lorsque l'antécédent est un pronom neutre comme ce, cela, rien.
1re Section [Dont pron. en fonction de représentant; précédé d'un antécédent nominal qu'il représente dans la prop. subordonnée relative]
I.— [En constr. de compl. d'un subst. ou d'un adj. avec lequel il forme un syntagme nominal]
A.— [Rapports de sens entre dont et le subst. qui suit : dont marque l'appartenance]
1. [Dont marque la possession, la qualité, la matière : il complète un subst. ou un pron. au sing. ou au plur.]
a) [L'antécédent est un subst.]
) [animé] Lulu est la maîtresse de Richeterre dont la femme a divorcé pour épouser Vernon (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 250).
) [inanimé] :
1. Nous aimions à gravir les côteaux ensemble, à voguer sur le lac, à parcourir les bois à la chûte [sic] des feuilles; promenades dont le souvenir remplit encore mon ame [sic] de délices.
CHATEAUBRIAND, Génie du christianisme, t. 1, 1803, p. 419.
b) [L'antécédent est un pron.] De tous les insectes que j'ai dessinés, voici le plus simple, et celui dont l'étude m'a fait le plus grand plaisir (Voy. La Pérouse, t. 4, 1797, p. 67).
c) [L'antécédent est un groupe nominal] Une cavité fermée de toutes parts, dont une portion, repliée dans l'autre, recouvre immédiatement le cœur et les gros vaisseaux (CUVIER, Anat. comp., t. 4, 1805, p. 185).
Rem. 1. Dont ne peut être employé lorsque le compl. du verbe n'est pas dans un rapport d'appartenance avec l'antécédent. 2. Dont ne peut entrer en concurrence, dans la prop. subordonnée relative, avec un autre représentant de l'antécédent comme un pron. pers., un adj. poss. ou le pron. pers. en. Cf. infra les constr. pléonastiques rejetées par le bon usage.
Constr. partic.
♦ [L'antécédent peut être disjoint du pron. rel.] :
2. Ainsi l'arrondissement des frontières est un système, dont la base se détruit par elle-même, dont les éléments se combattent, et dont l'exécution, ne reposant que sur la spoliation des plus faibles, rend illégitime la possession des plus forts.
CONSTANT, De l'Esprit de conquête, 1813, p. 157.
♦ [Dont après ponctuation forte] :
3. ... ce royaume, dont les productions, si elles étaient à leur maximum, alimenteraient la moitié de l'Europe; dont les laines suffiraient aux manufactures de France et d'Angleterre; dont les bestiaux, employés en salaison, produiraient un revenu immense; ce royaume, dis-je, ne fait aucun commerce.
Voyage de La Pérouse, t. 2, 1797, p. 61.
♦ [Le pron. rel. peut introduire des subordonnées juxtaposées et/ou coordonnées]
[à d'autres relatives] :
4. — Croira-t-on qu'il existe dans cette grande capitale une classe assez nombreuse de gens qui ne possèdent pas un sou, qui n'exercent aucune profession, qui n'ont ni parens, ni amis, dont la conduite n'a rien de légalement répréhensible, et qui trouvent cependant le moyen de mener une assez douce vie?
JOUY, L'Hermite de la Chaussée d'Antin, t. 1, 1811, p. 203.
[à un adj. déterminatif] Dans les espèces d'animaux privées de doigts, ou dont les doigts sont enveloppés de substances insensibles, ces appendices les remplacent (CUVIER, Anat. comp., t. 2, 1805, p. 589).
2. [Dont marque le rapport partitif; il complète une loc. partitive, nom de nombre ou indéf. numéral]
a) [La loc. partitive est suj.]
) [avec un nom de nombre] Il rencontra, le 3 octobre, trois îles, dont une est remarquable par la quantité prodidigieuse d'oiseaux qu'il y trouva (Voy. La Pérouse, t. 1, 1797, p. 84). Il amena deux chevaux dont l'un avait une selle de femme (FLAUB., Cœur simple, 1877, p. 18) :
5. ... mon grand-père, comme tout le monde, avait une femme répondant au nom évangélique de Marie. Il lui fit onze enfants, dont huit survécurent à leur éducation chrétienne. Il lui fit onze enfants parce que les premiers furent six filles, dont quatre devaient embrasser l'état religieux (elles ont choisi la meilleure part) ...
H. BAZIN, Vipère au poing, 1948, p. 19.
En partic.
♦ [Avec une expr. numérique partitive] Je dirigeai ma route vers cette espèce de village dont une des maisons avait trois cent trente pieds de longueur (Voy. La Pérouse, t. 2, 1797, p. 99).
♦ [Avec une fraction] De deux mille à deux mille quatre cents tonneaux de fer, dont les trois quarts sont convertis en barres, et le reste fondu en boulets, canons, etc. (CRÈVECŒUR, Voyage, t. 1, 1801, p. 283). Emploi ell. du verbe. La face couturée de cicatrices, dont une profonde qui me coupe encore la lèvre supérieure (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 263).
Rem. Dans ces cas, l'emploi de en est impossible.
) [Avec un indéf. numéral] Nos pertes sont légères et, depuis le début, ne dépassent pas 150 dont beaucoup sont des blessés (DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p. 387). Emploi ell. du verbe être. Les autres, plutôt des hommes âgés, dont beaucoup du service des chemins de fer en campagne (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 284).
b) [La loc. partitive est attribut (ou suj. réel); dans ce cas, l'emploi de dont paraît insolite, venant se superposer à en dans il y a]
Rem. Dont n'est pas considéré comme correct lorsqu'il est compl. d'un numéral régime; certains aut. utilisent cependant ce tour : a) avec un nom de nombre. Puis on répandit devant eux des saphirs dont il fallut choisir quatre (MAUPASSANT, Fort comme la mort, II, 4 cité ds GREV. 1964, § 558); b) avec un indéf. numéral (cf. GREV., op. cit.).
c) [Dont introduit une prop. avec ell. du verbe (tour très fréq., notamment dans la lang. parlée)]
) [Dans une loc. partitive suj., compl. d'obj. ou compl. circ. du verbe] J'ai donné quatorze enfants à l'Italie, dont huit garçons (MONTHERL., Malatesta, 1946, II, 5, p. 476). Trente jours de prison dont quinze de cellule (PRÉVERT, Paroles, 1946, p. 243) :
6. — Écoute bien, je suis excellent nageur, j'ai déjà sauvé deux personnes, dont une en mer par gros temps.
SARTRE, La Mort dans l'âme, 1949, p. 121.
) [Suivi d'un nom de pers. et plus rarement d'un pron. pers.] Synon. parmi lesquels, entre autres (citons). Ne pas consentir à lâcher prise (il y a d'admirables exemples de cela; dont celui de Guillaumet) (GIDE, Journal, 1949, p. 334). Les jeunes hégéliens de gauche (dont Marx) (CAMUS, Homme rév., 1951, p. 84) :
7. ... une décision préliminaire d'utiliser l'arme au Japon fut prise le 1er juin, après la fin de la guerre avec l'Allemagne, par un Comité présidé par le ministre de la Guerre Stimson, conseillé par quelques-uns des savants responsables, dont Compton, Fermi, Lawrence et Oppenheimer.
GOLDSCHMIDT, L'Aventure atomique, 1962, p. 57.
P. ext. [Suivi d'un nom propre (de pays, etc.)] Les grandes puissances atomiques occidentales, dont la France (GOLDSCHMIDT, L'Aventure atomique, 1962 p. 149).
Spéc., dans la terminol. jur. et admin. Dont acte (cf. infra).
B.— [Fonction déterminative; dont détermine un subst.]
1. [un subst. ou équivalent de subst. sujet dans la relative] Des questions dont tout autre que lui eût senti l'inconvenance (FIÉVÉE, Dot Suzette, 1798, p. 131). Deux fois dans la même semaine, il avait commis la gaucherie de confondre Bernadette Salvail, dont la réputation de beauté s'étendait au-delà de la Grand'Rivière, et la petite maîtresse d'école, d'une laideur de pichou (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 54).
2. [un subst. attribut dans la relative] Il se souvenoit toujours de Fénelon, dont il avoit été l'hôte (CHATEAUBR., Génie, t. 2, 1803, p. 178). Tous ceux qui viendront prendre leurs degrés dans l'école dont il aspire à devenir le chef (JOUY, Hermite, t. 3, 1813, p. 214).
3. [un subst. compl. d'obj. dans la relative] Son compagnon, dont, avant de mourir, il désiroit contempler les dernières agonies (CRÈVECŒUR, Voyage, t. 2, 1801, p. 55). Le cénotaphe de Montmorency, dont elle et l'archevêque de Tyr ont seuls la clef (COTTIN, Mathilde, t. 2, 1805, p. 160).
4. [deux subst. de fonction différente dans la relative; dont complète à la fois le suj. et le compl. d'obj. dir. dans la relative] Ceux [les cônes membraneux] dont le développement avoit poussé les barbes au dehors (CUVIER, Anat. comp., t. 2, 1805, p. 606). Ils [les mots] oublient leur fonction première d'exprimer du perçu, du senti, cette fonction dont l'image, à son tour, revendique l'apanage (HUYGHE, Dialogue avec visible, 1955, p. 22) :
8. Il y a, au seuil de l'église, n'assistant jamais à aucun office, un misérable homme, dont le propriétaire vient de faire enlever la porte et la fenêtre pour une dette de quelques francs.
BLOY, Journal, 1903, p. 157.
Rem. Dans ces cas, l'emploi d'un poss. dans la relative ferait pléonasme avec dont et le bon usage le rejette. Cf. infra a .
Grammaire du « bon » usage.
a) Emplois non admis.
) [Cas où dont devrait déterminer un compl. prép. dans la prop. rel.; la constr. avec dont est alors remplacée par une constr. où l'antécédent est repris par de qui pour un être animé, duquel, de laquelle, desquels ou desquelles dans les autres cas; le compl. prép., quoique faisant partie de la rel., précède obligatoirement le pron. rel.] « Le garçon à l'avenir de qui (en fr. parlé : duquel) je m'intéresse » (et non : « Le garçon dont je m'intéresse à l'avenir »). « Le livre à la rédaction duquel je travaille » (et non : « Le livre dont je travaille à la rédaction »). « Le parc dans les allées duquel je me promène » (et non : « Le parc dont je me promène dans les allées ») (ds G. MAUGER, Gramm. pratique du fr. d'auj., Paris, Hachette, 1968, § 398) :
9. Ces représentations, qui m'ont été faites par des personnes dont l'amitié m'est bien chère, et à l'ascendant desquelles je ne sais pas résister, (...) ont vaincu ma répugnance et fait taire toutes mes objections.
MAINE DE BIRAN, De l'Influence de l'habitude sur la faculté de penser, 1803, p. 5.
) [Cas où dont serait employé pléonastiquement avec un pron. pers. dans la rel.] « Le poète que ses œuvres ont rendu illustre » (et non : « Le poète dont les œuvres l'ont rendu illustre »). « Les élèves à qui leur application a valu des succès » (et non : « Les élèves dont l'application leur a valu des succès ») (ds GREV. 1975, 10e éd., § 560, rem. 3).
) [Cas où dont serait employé pléonastiquement avec en dans la rel. (et lorsque dont ne détermine qu'un mot de la rel.)] « Mes amis dont je connais la fidélité » (et non : « Mes amis dont j'en connais la fidélité ») (ds GREV. 1975, 10e éd., § 560, rem. 4).
) [Cas où dont serait employé pléonastiquement avec un adj. poss. dans la rel. (et lorsque dont ne détermine pas le suj. dans la rel.)] « Ce petit livre (...) dont je ne sais plus le titre ni le nom de l'auteur » (GIDE, Les Nourr. terr.et les Nouv. Nourr., p. 293, ds GREV. 1975, 10e éd., § 560, rem. 2, N. B. 1 b(et non : « Ce petit livre dont je ne sais plus le nom de son auteur »).
Rem. L'emploi d'un adj. poss. dans la relative est possible lorsque dont ne détermine qu'un subst. de la relative et que cet adj. poss. renvoie à un autre nom. M. Pitt doit avoir pour ennemis (...) les hommes dont son rang élevé attire l'envie (CHATEAUBR., Essai Révol., t. 1, 1797, p. 222). Cependant il est parfois utile a) pour éviter une amphibologie et pour signifier « son propre, sa propre ». Ma vie en vérité commence Le jour où je t'ai rencontrée Toi dont les bras ont su barrer Sa route atroce à ma démence (ARAGON, Rom. inach., 1956, p. 173); b) pour éviter la répétition abusive de l'art. déf. Il fut toujours l'homme sensuel, perspicace et romanesque, dont ses lettres révèlent les facultés contradictoires (BOURGET, Essais psychol., 1883, p. 220); c) lorsque dont est compl. de deux mots différents de la subordonnée relative, il est logique de le reprendre par un poss. (ou un pron.). Ayant épousé mademoiselle Thérèse Montessuy, dont la dot vint soutenir sa fortune politique (FRANCE, Lys rouge, 1894, p. 43).
b) Emplois admis.
) [Après dont le suj. ou le compl. d'obj. dans la rel. forme un nom composé, un groupe nom. ou une loc. subst. quasi-soudée] Un homme dont la force d'esprit est surprenante (Kr. SANDFELD, Syntaxe du français contemporain, t. 2, Les propositions subordonnées, Paris, E. Droz, 1936, p. 190). Vous dont j'ai toujours apprécié la hauteur de vue (GIDE, Faux-monn., 1926, p. 939).
) [Dont est compl. d'une loc. verbale figée appelant la constr. avec de (venir à bout de qqc., être à l'écart de qqc.)] Je me mis à songer plus attentivement à cette singulière colonie de Maremma dont Fabrizio faisait tant de cas (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 60).
Rem. Ne sont pas admises les constr. qui aboutiraient à une prop. rel. se terminant par un compl. prép., sauf si ce compl. prép. forme un syntagme plus ou moins figé avec le subst. ou le verbe dont il est le compl. On trouve ds la docum. un certain nombre de cas où le caractère figé du syntagme est moins net que dans les ex. cités ci-dessus. Tout seul, (...) se dévidait le peloton dont j'avais lesté le bout du fil (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 242).
c) Emplois controversés. [Dont dépendant à la fois d'un compl. prép. et d'un autre subst. suj. ou compl. d'obj., notamment lorsque le compl. prép. désigne une partie du corps] « Ce garçon (...) dont l'énergie se lisait dans les yeux bleus » (J. et J. THARAUD, Le Passant d'Éthiopie, p. 90 ds GREV. 1975, § 560, rem. 1). « Il y a ceux (...) dont on lit la pensée dans les yeux » (A. DUMAS f., Le Fils nat., Prologue, 5, ds GREV. 1975, § 560, rem. 1).
II.— [Dépendant directement du verbe sub. (actif, passif, pronom.) avec lequel il forme un syntagme verbal]
A.— [Rapports de sens entre dont et le verbe]
1. Arch. et littér. [Dont marque la provenance, l'éloignement, l'extraction] Synon. de où.
a) Au sens physique. [Dont marque le point de départ d'un mouvement] Le perdreau, (...) traînant encore l'œuf dont il vient de sortir (CABANIS, Rapp. phys. mor., t. 2, 1808, p. 321). Des trottoirs dont il fallait descendre chaque fois qu'on croisait un passant (SIMENON, Vac. Maigret, 1948, p. 7) :
10. ... le Carrefour, propriété de famille aux environs de Pont-l'Évêque, dont il ne bougeait plus, où il se ferait plaisir de me recevoir et de mettre à ma disposition ses papiers, sa bibliothèque et son érudition...
GIDE, Isabelle, 1911, p. 603.
Rem. 1. Dont ne peut avoir pour antécédent un adv. de lieu. 2. Cet emploi arch. que les grammairiens condamnent est assez répandu chez les aut. mod. avec les verbes qui demandent la prép. de (cf. GREV., § 562).
b) Au fig.
[L'antécédent désigne un point de départ réel] Il dit que le procès est une faute, une impasse dont ils ne pourront sortir (GONCOURT, Journal, 1883, p. 226) :
11. ... puis, tournant le front vers la vitre, il se réfugia dans un silence somnolent, dont il sembla bientôt ne plus vouloir, ne plus pouvoir sortir.
MARTIN DU GARD, Les Thibault, La Mort du père, 1929, p. 1268.
[L'antécédent désigne un point de départ fig. pour marquer un mouvement logique, une conséquence] Les questionnaires oraux, dont elle part, donnent habituellement, il est vrai, des résultats assez décevants (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 26) :
12. Ainsi la passion retourne contre la raison dont elle est issue les forces que la raison avait libérées dans l'homme.
VUILLEMIN, Essai sur la signif. de la mort, 1949, p. 214.
[Cas intermédiaires entre l'éloignement et l'éloignement fig.] Il rêvait d'un combat héroïque, d'une longue tuerie dont il sortirait parfait et pur (HÉMON, Maria Chapdelaine, 1916, p. 34).
c) Spéc. [Pour marquer l'origine familiale ou sociale, la descendance, l'extraction; l'antécédent est du type animé (être issu, descendre de)] Sem en eut cinq : chacun eut au moins une épouse, dont il eut maint enfant (COLLIN D'HARL., Vieux célib., 1792, III, 2, p. 67). Le peuple dont tu sors (SAINT-EXUP., Citad., 1944, p. 738) :
13. Quel miracle — pas d'autre mot — que l'apparition de cet enfant à l'instant précis où les deux lignées dont il sort, Fontanin et Thibault, allaient s'éteindre sans avoir rien donné qui vaille!
MARTIN DU GARD, Les Thibault, Épilogue, 1940, p. 920.
2. [Dont marque la cause (avec les verbes demandant la prép. de au sens causal)]
a) [L'antécédent est un subst. ou un pron.] Il ne trouvait rien là dont il eût honte et gêne (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1952, p. 324) :
14. À l'âge de neuf ans, il [Nodier] s'avisa de faire une déclaration d'amour à une femme de Besançon... Il lui avait donné rendez-vous dans un lieu écarté. Elle vint et lui donna le fouet, dont il pensa crever de rage et de honte.
MÉRIMÉE, Lettres à la comtesse de Montijo, 1870, p. 93.
b) [L'antécédent est toute une prop., plus rarement une phrase : (ce) dont en appos. (cf. infra)]. Vieilli, rare. Ellipse de ce. Je n'ai vu mademoiselle Molica qu'une fois, je suis trop grand pour aller chez elle, dont bien me fâche (STENDHAL, Corresp., t. 3, 1800-42, p. 272). Sa femme Giuseppa lui avait donné d'abord trois filles (dont il enrageait) et enfin un fils (MÉRIMÉE, Mosaïque, 1833, p. 5).
3. [Dont marque d'autres circonstances verbales]
a) [Compl. d'agent d'un verbe à la voix passive]
Synon. duquel..., par lequel, par qui (dont insiste davantage sur la nature du rapport)
[L'antécédent est un être animé] Quoi cependant de plus digne d'envie, que le sort d'un homme uni à la femme qu'il aime, et dont il est aimé! (CRÈVECŒUR, Voyage, t. 2, 1801, p. 370). L'un aime sans oser le dire à celui dont il ne se croit pas aimé (JANKÉL., Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 166).
[L'antécédent est un inanimé] Mandel me parla sur un ton de gravité et de résolution dont je fus impressionné (DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p. 58). On est déconcerté par ces détails sans importance dont ils paraissent avoir été surtout frappés, qu'ils semblent avoir surtout retenus (SARRAUTE, Ère soupçon, 1956, p. 128).
b) [Compl. circ. de moyen, d'instrument; l'antécédent désigne un inanimé] Synon. par lequel, avec lequel. Son jeune disciple lui apporte la flûte dont il avoit coutume de jouer (STAËL, Allemagne, t. 3, 1810, p. 135). Un rasoir dans la [main] droite dont il s'est coupé le cou (MÉRIMÉE, Lettres à M. Panizzi, 1870, p. 135) :
15. ... Madame Gide a fait confectionner de grandes housses en forme, dont on couvre les bibliothèques du palier, le matin, pendant l'heure du ménage...
MARTIN DU GARD, Notes sur André Gide, 1951, p. 1385.
En partic. [Moyen de subsistance] D'où venait le goût si particulier des petits pois dont ils déjeunèrent (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 330).
c) [Compl. circ. de manière; l'antécédent est un subst. désignant la manière] (À, de) la façon, la manière dont... du train dont il va (Nouv. Lar. ill.). Synon. par lequel, avec lequel. Du train dont va le monde (cf. GIDE, Ainsi soit-il, 1951, p. 1227). Presque du ton dont il eût dit :« Allez réviser votre cours de tactique » (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p. 131) :
16. ... j'invitai les deux diplomates à faire savoir de ma part, respectivement à MM. Roosevelt et Churchill, que, s'ils devaient un jour modifier leur position, j'attendais d'eux qu'ils nous en avertissent avec la même diligence dont j'usais à leur égard.
DE GAULLE, Mémoires de guerre, 1959, p. 72.
Rem. 1. On rencontre ds la docum. un sens vieilli de dont = dans laquelle. Vous ne sauriez croire la joie dont je suis (CHATEAUBR., Corresp., t. 2, 1789-1824, p. 204). 2. De la façon dont, du train dont vont les choses n'est pas une constr. pléonastique. De la façon dont vont les choses, elle pourrait bien avoir parlé pour rien (CAMUS, Peste, 1947, p. 1446).
d) [Compl. circ. de matière, et, p. ext., dont marque le point de départ d'une transformation (de = à partir de)] Le caoutchouc dont sont faits les ballons et les balles qui figurent les mamelles (APOLL., Tirésias, 1918, p. 867). Cet homme était de la pâte dont sont faits les prophètes (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1948, p. 305) :
17. ... la matière dont il était fait ne semblait pas de la chair humaine, mais bien quelque substance éthérée, quelque paraffine translucide et nacrée, quelque pulpe immatérielle; on eût dit une chair d'hostie.
GIDE, Journal, 1949, p. 336.
P. ext. [Point de départ d'une transformation] Tel insecte dont elle fera sa nourriture (GIDE, Feuillets d'automne, 1949, p. 312). Celle dont il entend faire une vicomtesse de Clérambard (AYMÉ, Cléramb., 1950, p. 159).
e) [Compl. circ. de propos] Synon. au sujet duquel, à propos duquel (de qui, de quoi). Cet homme, en particulier, dont il est question maintenant, ne sent, pour ainsi dire, que lorsqu'il se meut (CABANIS, Rapp. phys. mor., t. 1, 1808, p. 395). J'avais alors ma fillette malade dont je ne savais plus rien (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 119). Cet art dont vous avez si bien écrit (MONTHERL., Malatesta, 1946, I, 7, p. 451) :
18. J'emploie constamment les mots de matière et de forme. On peut se demander ce dont il s'agit exactement.
SCHAEFFER, À la recherche d'une mus. concr., 1952, p. 50.
Rem. 1. Dans bien des cas, on peut aussi considérer ce compl. comme un compl. d'obj. indir. (obj. second) d'un verbe trans. à double constr. d'obj. C'est ce dont je vous plains. Je n'ai fait aucune chose dont vous ayez lieu de vous plaindre (CLAUDEL, Raviss. Scapin, 1952, p. 1327). Blum considérait sous la seule optique socialiste le grand problème national dont je l'avais entretenu (DE GAULLE, Mém. guerre, 1959, p. 260). 2. Ce dont peut introduire une subordonnée interr. indir. Synon. de quoi. Sais-tu ce dont je parle? (CAMUS, Justes, 1950, IV, p. 361). Savez-vous ce dont j'ai rêvé (ID., Chute, 1956, p. 1543).
B.— [Rapports gramm.]
1. [Dont introduit un compl. d'obj. indir. (obj. premier)]
a) [d'un verbe trans. indir. ou pronom. construit avec de] Débarrasser le marchand des objets dont il désespérait de se défaire (JOUY, Hermite, t. 2, 1812, p. 239). Il y eut un petit silence dont Henri profita pour se lever (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 243).
Rem. Dont suivi d'un inf. (rare). Le ministre (...) n'a point trouvé, dans son domaine, (...) une seule occasion dont user (SAINT-EXUP., Citad., 1944, p. 941).
b) [d'une loc. verbale construite avec de] Fais ce dont tu as envie (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 574). L'expérience des illusions — des révélations — dont il a été le jouet (DURRY, Nerval, 1956, p. 123) :
19. Poussées par de solides bras de vent, les giboulées giflaient interminablement le Craonnais avec la même constance dont Folcoche savait faire preuve à notre égard.
H. BAZIN, Vipère au poing, 1948, p. 73.
Rem. Certains verbes admettent un compl. circ. de propos. Les cinq dont je viens de parler (LAMARCK, Philos. zool., t. 2, 1809, p. 155).
2. [Dont introduit un compl. d'obj. indir. (obj. second) d'un verbe trans. dir. et indir. (à constr. double)]
a) [L'antécédent est un subst. ou un groupe nominal] Élans sublimes de la nature, expressions des plus beaux sentiments dont elle ait orné le cœur de l'homme! (CRÈVECŒUR, Voyage, t. 3, 1801, p. 91).
b) [Le compl. d'obj. dir. est un pron. pers.] Dans l'attente du sourire dont elle m'aurait récompensé (GIDE, Journal, 1943, p. 170). L'ultimatum dont je vous ai menacé (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 379) :
20. ... tout ce dont vous m'accusez est pure invention et calomnie. On m'accuse de ce que j'ai fait, de ce que je n'ai pas fait, et aussi des mêmes actes pour lesquels on ne blâme pas les autres, quand ce sont eux qui les font, et pour lesquels même il arrive qu'on les loue.
MONTHERLANT, Malatesta, 1946, II, 5, p. 476.
3. [Dont introduit un compl. d'adj.] Répondit-il, avec toute la simplicité dont il était capable (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p. 132). Cette phrase étonnante, inexplicable, dont je me sens encore à peine responsable (GRACQ, Beau tén., 1945, p. 31). En voilà un dont je ne suis pas fière! (MONTHERL., Port-Royal, 1954, p. 1030).
4. [Dont introduit une prop. ell. du verbe] Cf. supra le rapport partitif.
2e Section [Dont en fonction d'élément d'un nominal sans valeur de représentant; précédé d'un dém. à valeur déterminative d'art. (cela dont..., ce dont...) avec lequel il forme un syntagme subst. fonctionnant comme un mot simple à l'intérieur de la prop. princ.; en fonction anaphorique]
I.— [de reprise, de renvoi]
A.— Ce dont, en appos. (après virgule, parfois après un point)
1. [Pour reprendre un syntagme entier, une prop. ou même une phrase] Les carnivores, (...) sont (...) beaucoup moins favorisés quant au sens du toucher : ce dont ils sont en général compensés par celui de l'odorat (CUVIER, Anat. comp., t. 2, 1805, p. 583) :
21. Il souhaite que s'il y a une guerre civile, ce dont il doute un peu, on ne le battra pas comme l'ont battu les Allemands qui l'ont presque tué à coups de bâton.
GREEN, Journal, 1946, p. 22.
2. [Pour reprendre, en incise, une prop. qui va suivre (par anticipation)] :
22. Cependant cela était bon à observer pour vous faire remarquer, ce dont vous verrez de fréquentes preuves dans toutes vos études, que toutes ces classifications que font les hommes pour mettre de l'ordre dans leurs idées, sont très-imparfaites; et qu'il faut s'en servir parce qu'elles sont commodes, ...
DESTUTT DE TRACY, Éléments d'idéologie, Idéologie, 1801, p. 34.
3. En partic. [Dans la terminol. jur. et admin.] Dont acte. Acte est pris de ce qui vient d'être dit (cf. acte II C).
P. anal. Dont ci-joint copie. Par lettre d'aujourd'hui, dont ci-joint copie, j'en avertis le général Eisenhower (DE GAULLE, Mém. guerre, 1959, p. 476).
B.— Cela dont; c'est ce dont..., voilà ce dont... C'est ce dont = c'est de cela que = c'est de quoi. Allons! C'est bien cela dont il est question! (COLLIN D'HARL., Vieux célib., 1792, IV, 3, p. 98) :
23. — Alors vous avez une idée de ce qui nous arrivera quand nous aurons fait cadeau de l'Europe à Staline.
— Ce n'est pas de ça qu'il s'agit, dis-je.
— C'est exactement ce dont il s'agit.
BEAUVOIR, Les Mandarins, 1954, p. 69.
C.— Voilà ce dont. C'est donc ça? Ce n'est que ça? Voilà ce dont tu me juges capable? (SARTRE, Mains sales, 1948, 2e tabl., 4, p. 54).
II.— [d'annonce] Le tour présentatif ce dont..., c'est de (ce dont en tête de phrase, suj., annonce ce qui va suivre et le met en relief). Ce dont ils ont le plus peur, c'est de passer pour réactionnaires (CAMUS, Possédés, 1959, 2e tabl., p. 1038) :
24. Quand vous vous présenterez devant la Cour suprême, ce dont vous aurez besoin, ce n'est pas d'une vérité que personne ne croira, c'est d'une bonne déclaration sous la foi du serment, d'une déclaration qu'aucun tribunal ne puisse contester.
CAMUS, Requiem pour une nonne, 1956, 3e tabl., p. 850.
La chose dont..., c'est que; il y a une chose dont..., c'est que. Tu comprends, reprit-il avec animation, il y a une chose dont je suis sûr, c'est qu'il n'y a que les communistes qui font du travail utile (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 287).
Il est une chose dont. Des êtres organisés comme nous, peuvent prononcer avec assurance qu'il est une chose dont ils sont complètement certains (DESTUTT DE TR., Idéol., Logique, 1805, p. 192).
Il y a... dont... : c'est :
25. Dans les domaines de phénoménologie poétique que nous étudions, il y a un adjectif dont le métaphysicien de l'imagination doit se méfier : c'est l'adjectif ancestral.
BACHELARD, La Poétique de l'espace, 1957, p. 171.
III.— [Dont en fonction de subordination (dans la subordination en chaîne); pour introduire une prop. subordonnée relative suivie d'une prop. subordonnée conj. complétive ou interr. (dont est subordonnant pur, dépourvu de sens); dont signifie au sujet de qui, de quoi, mais le sens s'affaiblit au profit de la fonction de subordination (cette double constr. grammaticalement correcte est d'un emploi fréq.)]
A.— [Une relative avec dont suivie d'une complétive d'obj. avec que (dont... que, cas très fréq.)] :
26. ... les philosophes et les historiens discuteront plus tard des motifs de cet acharnement, qui mène à la ruine complète un grand peuple, coupable, certes, et dont la justice exige qu'il soit châtié, mais dont la raison supérieure de l'Europe déplorerait qu'il fût détruit.
DE GAULLE, Mémoires de guerre, 1959, p. 157.
B.— [Une relative avec dont suivie d'une interr. indir. (dont... si, dont... combien, dont... comment, etc.)] Ainsi de l'homme et de mon peuple dont j'ignore où il va (SAINT-EXUP., Citad., 1944, p. 907). Je reste un peu gêné par « jean-foutre », dont je ne sais comment marquer le pluriel (GIDE, Ainsi soit-il, 1951, p. 1195) :
27. Au moment de leur départ, je pus joindre à l'équipe un quatrième, dont l'avenir devait montrer combien il était efficient. C'était le capitaine de Hauteclocque.
DE GAULLE, Mémoires de guerre, 1954, p. 93.
28. Il descendait vers le fleuve frais, sous la pluie impalpable. Il écoutait toujours ce grand bruit spacieux qu'il n'avait cessé d'entendre depuis son arrivée, et dont on ne pouvait dire s'il était fait du froissement des eaux ou des arbres.
CAMUS, L'Exil et le Royaume, 1957, p. 1665.
C.— [Une relative avec dont suivie d'une seconde relative (avec il y a... qui)] :
29. ... elle a soin de me raconter chaque matin, (...) tous les propos d'antichambre qu'elle a recueillis la veille, et qu'elle commente avec un instinct de malignité dont il n'y a pas de journaliste qui ne se fît honneur.
JOUY, L'Hermite de la Chaussée d'Antin, t. 5, 1814, p. 63.
Rem. 1. Cette constr. évite une suite de relatives dépendant d'un même antécédent. 2. Des tours de substitution sont employés par de nombreux écrivains : a) « Des coquillages dont on sait qu'il est friand ⇨ des coquillages dont elle le sait friand ⇨ des coquillages pour lui qui, elle le sait, en est friand »; b) La prop. inf. :,,L'homme dont on sait qu'il est allé ⇨ l'homme qu'on croit être allé`` (cité ds G. MAUGER, Gramm. pratique du fr. d'auj., Paris, Hachette, 1968, § 401 bis, note 3).
D.— [Une relative avec dont suivie d'une subordonnée interr. indir. suivie elle-même d'une complétive d'obj. dir. (dont... si... que, triple constr., rare)] ,,Notre table dont j'eusse été bien étonné si l'on m'avait dit qu'elle était raffinée`` (cité ds SANDF., p. 206).
Prononc. et Orth. :[]. En liaison : []. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 2e moitié IXe s. Il li enortet — dont lei nonque chielt — Qued elle fuiet lo nom christiien (Séquence de Ste Eulalie, 13 ds HENRY Chrestomathie, p. 3). Du lat. vulg. de unde « d'où » [interr.], cf. dont interr. en a. fr. ca 1119 Sire niés dont venez? (PHILIPPE DE THAON, Comput, 2895 ds T.-L.) unde ayant joué dès le lat. class. le rôle du pron. rel., équivalent à a, ex, de quo, qua, quibus (VÄÄN., 2, § 287) cet emploi s'étant encore étendu à basse époque (cf. LÖFSTEDT, pp. 180-181). Fréq. abs. littér. :100 375. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 172 434, b) 128 278; XXe s. : a) 133 670, b) 130 616. Bbg. À travers la presse du lang. Déf. Lang. fr. 1965, n° 26, pp. 38-40. — COHEN 1946, p. 54. — DE BOER (C.). Dont conj. R. Ling. rom. 1927, t. 3, pp. 295-301. —FOULET (L.). L'effacement des adv. de lieu. Romania. 1960, t. 81, pp. 433-482; Pour le commentaire de Commynes... Romania. 1937, t. 63, pp. 507-511. — GAATONE (D.). Note sur une relativisation complexe en fr. Z. rom. Philol. 1972, t. 88, pp. 126-132. —HENKEL (W.), MULLER (Ch.). Dont — duquel — de laquelle. Praxis. 1972, t. 19, p. 221. — ROTHE (W.). Zur Struktur und Funktion des sog. Relativpronomens. Tübingen, 1971, pp. 304-311. —TILANDER (G.). De sa fame ne voit mie ... Romania. 1963, t. 84, pp. 289-291. — TOBLER (A.). Mél. de gramm. fr. Z. rom. Philol. 1881, t. 5, p. 181.

dont [dɔ̃] pron.
ÉTYM. Xe; du lat. pop. de unde, renforcement de unde « d'où ».
Pronom relatif des deux genres et des deux nombres servant à relier une proposition correspondant à un complément introduit par de. Lequel (duquel), qui (de qui). || Dont représente une personne ou une chose.
———
I (Exprimant le compl. du verbe).
1 Avec le sens adverbial de d'où, marquant la provenance, l'extraction, l'éloignement. || La chambre dont je sors. || Les mines dont on extrait la houille.REM. Cet emploi, condamné par Vaugelas et par les grammairiens en général était en usage chez les meilleurs écrivains classiques, et l'est encore assez souvent chez les modernes avec les verbes appelant la préposition de (cf. les exemples cités par Littré et par Grevisse, le Bon Usage, no 562).
1 Pour représenter de et son complément, on se sert de en et de dont : j'en arrive; la maison dont je sors, d'où je sors. Dont et d'où avaient la même prononciation en ancien français. Il faut arriver jusqu'à Vaugelas pour qu'on les distingue (…) Encore Racine écrit-il toujours : Ménélas trouve sa femme en Égypte, dont elle n'était point partie (Andr., 2e préf.). Et Molière : en se retournant du côté dont il sort (Av., 5, 2).
F. Brunot, la Pensée et la Langue, XI, B, III, p. 432.
2 (Il) s'installa, non sans protestations, dans la chambre dont Justin se retirait (…)
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, V, VI, p. 88.
REM. Dont ne peut s'employer quand le compl. du verbe n'est pas dans un rapport d'appartenance avec l'antécédent. Fenêtre d'où l'on aperçoit la mer (et non : fenêtre dont on aperçoit la mer).
Fig. Pour marquer l'origine, la descendance. || La famille dont je descends (Académie). || La classe sociale dont il est issu.
3 On tient toujours du lieu dont on vient.
La Fontaine, Fables, IX, VII.
4 Rentre dans le néant dont je t'ai fait sortir.
Racine, Bajazet, II, 1.
5 La famille distinguée dont il sortait (…)
Proust, Du côté de chez Swann, I, éd. La Gerbe, p. 292.
2 (Moyen, instrument, agent, manière). Avec, par lequel (laquelle)… || Les armes dont ils sont pourvus. Avec (avec lesquelles). || Le coup dont il fut frappé (Académie). Par (par lequel). || La maladie dont il est menacé. || Les maux dont il a souffert. || Les gardes dont il s'entoure. || La manière dont elle est habillée.
6 Et quelle âme, dis-moi, ne serait éperdue
Du coup dont ma raison vient d'être confondue ?
Racine, Andromaque, III, 1.
7 (…) Virginie (…) cueillit sur le tronc d'un vieux arbre (…) de longues feuilles de scolopendre (…) elle en fit des espèces de brodequins dont elle s'entoura les pieds (…)
Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, p. 37.
REM. Dont ne s'emploie plus là où certains verbes de la langue classique appelaient la préposition de qu'ils ne gouvernent plus aujourd'hui. Le collier dont je suis attaché (La Fontaine) est vieux. On dirait à présent avec lequel, au moyen duquel, par lequel.
———
II (Exprimant le compl. de nom).
1 Possession, qualité, matière (compl. d'un nom ou d'un pronom). || Une plante dont les fleurs durent un jour. || C'est l'enfant dont les parents sont morts. || La maison dont on aperçoit la façade. || Un pays dont le climat est agréable. || Un manteau dont l'étoffe est chaude. || Collection dont les livres sont reliés. || Une personne dont la discrétion est éprouvée.
8 Et c'est cette vertu, si nouvelle à la cour,
Dont la persévérance irrite mon amour.
Racine, Britannicus, II, 2.
9 (…) exact imitateur des anciens, dont il (Racine) a suivi scrupuleusement la netteté et la simplicité de l'action (…)
La Bruyère, les Caractères, I, 54.
10 (…) elle dont la susceptibilité de paysanne fière se blessait d'un regard.
Zola, la Terre, p. 55.
11 Ce corps dont tous les contours sont doux, dont toutes les courbes séduisent, dont toutes les molles saillies troublent le cœur, semble fait pour l'immobilité du lit.
Maupassant, les Sœurs Rondoli, II, p. 46.
11.1 (…) les hautes façades grises, dont ils (les flocons) empêchent de bien distinguer la disposition, l'alignement des toits, la situation des ouvertures.
A. Robbe-Grillet, Dans le labyrinthe, p. 15.
2 Partie d'un tout (compl. d'une expression partitive).
(Compl. d'un n. de nombre ou d'un indéf. numéral sujet). || Des livres dont trois sont reliés; dont une dizaine m'appartient. || Des amis dont quelques-uns sont morts.
(Compl. d'un n. de nombre ou d'un indéf. numéral compl. d'objet dir.). || Des livres dont j'ai gardé une dizaine. || Plusieurs amis dont j'ai invité quelques-uns.REM. La tournure Plusieurs amis dont j'en ai invité quelques-uns était courante dans la langue classique. Elle est inusitée aujourd'hui, et passerait pour fautive.
12 L'ouvrage (…) est divisé en deux parties (…) Chacune se partage en différentes subdivisions, dont j'ommettrai quelques-unes (…)
Baudelaire, les Paradis artificiels, Un mangeur d'opium, I.
13 Un groupe de quarante jeunes drôles dont je blessai deux ou trois.
Léon Bloy, le Désespéré, p. 42.
14 Ceci n'ira pas sans de terribles conséquences, dont nous ne connaissons encore que quelques-unes.
Camus, l'Homme révolté, p. 42.
(Amenant une proposition sans verbe). || C'est un long texte dont voici l'essentiel. || Une série de films médiocres dont deux tout à fait mauvais. || Quelques-uns étaient là, dont votre père. Parmi (parmi lesquels).
15 La nouvelle compagnie compta 27 membres, auxquels furent adjoints bientôt sept autres, dont Balzac, Voiture et Vaugelas.
Gustave Lanson, Hist. de la littérature franç., p. 406.
16 Deux personnes attendent, dont Marcel Boulenger.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. III, in Grevisse.
REM. 1. Emplois considérés comme fautifs. — Comportant dans la proposition subordonnée un adjectif se rapportant à l'antécédent de dont. Ex. : L'homme dont sa voiture vient de s'arrêter (il faut dire : l'homme dont la voiture vient de s'arrêter). Cet enfant dont la régularité de son travail est appréciée (il faut dire : Cet enfant dont la régularité du travail est appréciée). Ce dernier emploi se trouve chez quelques grands écrivains, et bénéficie de la tolérance de quelques grammairiens (cf. Grevisse, le Bon Usage, nos 559 et 560).
17 Le possessif ne doit pas faire pléonasme avec un dont qui représente le même nom que lui. C'est pourquoi j'ai relevé et critiqué dans Pour un meilleur français, cette phrase du « Monde » : Affaire de tempérament, et aussi susceptibilité d'un peuple dont le sort de son empire demeure suspendu aux décisions des chefs alliés, et d'autres phrases analogues. J'ai vu depuis que Maurice Grevisse, dans Le bon usage, justifie ce genre de constructions (…) Quelque estime que j'aie pour le solide travail et l'autorité grammaticale de Maurice Grevisse, je maintiens ma position.
René Georgin, Difficultés et finesses de notre langue, p. 171.
Avec un pron. pers. dans la subordonnée. Ex. : L'enfant dont les parents l'ont amené (il faut dire : L'enfant que ses parents ont amené).
(Dépendant d'un compl. introduit par une préposition). L'homme dont je compte sur l'aide. Il faut dire : L'homme sur l'aide duquel (ou de qui) je compte.
2. Dont est possible quand il dépend à la fois du sujet de la subordonnée et de son complément (cf. Grevisse, le Bon Usage, no 560, Rem. 1.).
18 L'autre, dont les cheveux flottent sur les épaules (…)
France, Pierre Nozière, III, II, p. 187.
19 (…) ces hommes (…) dont les vingt-cinq ans d'uniforme sont collés à la peau (…)
Martin du Gard, Jean Barois, II, La tourmente, IV, p. 316.
(Faute populaire reprise par plais.). || Dont auquel… : dont.
19.1 Eh ben, mon garçon, qui m'dit. C'est-il une personne dont auquel qu'on peut dire c'est bien ?
Henri Monnier, Scènes populaires, « La victime du corridor », 1, t. I, p. 253.
———
III Exprimant l'objet.(L'objet du verbe). || L'homme dont je parle. || Une histoire dont il ne se souvient pas. || L'affaire dont il est question.(Le compl. d'un adjectif). || Le malheur dont vous êtes responsable. || Un élève dont les professeurs sont satisfaits.
20 Je serais le premier dont on serait jaloux (…)
Corneille, Sertorius, IV, 3.
21 Comme la force est un point
Dont je ne me pique point (…)
La Fontaine, Fables, V, 1.
22 Il a (…) une application dont je suis content (…)
La Bruyère, Lettre à Condé.
23 Je m'ingéniais à leur rendre les soins dont elles feignaient ou de ne pas s'apercevoir ou d'être obsédées.
France, le Petit Pierre, XIII, p. 80.
———
IV Spécialt. (Amenant une subordonnée relative suivie d'une conjonctive). || Cet homme dont je sais qu'il a été marié. Sujet (au sujet duquel).REM. Cette construction est lourde quoique grammaticalement correcte.
24 Un luxe, dont j'imagine aujourd'hui qu'il devait être affreux (…)
F. Mauriac, in Hanse, p. 258.
(Avec, pour antécédent, un neutre, un indéfini). Quoi (de quoi). || Il n'y a rien dont il s'étonne. || C'est ce dont il s'agit. || Donnez-lui ce dont il a besoin. || Voilà ce dont il est responsable. || Notre ami n'a pas été invité, ce dont il est mortifié.
25 (…) il ne comprenait absolument rien à ce dont on parlait.
Stendhal, le Rouge et le Noir, II, IV, p. 254.
REM. Au XVIIe s., l'ellipse de ce devant dont était courante : La d'Oradour n'en est pas, dont elle est tout à fait mortifiée (Mme de Sévigné, V, 125). Cette construction est sortie de l'usage.
HOM. Dom, 1. don, 2. don.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • dont — an·co·dont; an·ti·o·dont; aprot·er·o·dont; bi·loph·o·dont; brachy·dont; bu·no·loph·o·dont; bu·no·se·le·no·dont; car·char·o·dont; co·chli·o·dont; co·no·dont; di·lamb·do·dont; en·tel·o·dont; glyp·to·dont; gom·pho·dont; gym·no·dont; hap·lo·dont;… …   English syllables

  • DONT — pronom des deux nombres et des deux genres Il se dit Des personnes et des choses, et s emploie, dans une foule de cas, au lieu des pronoms De qui, duquel, de laquelle, de quoi, desquels, desquelles. Dieu, dont nous admirons les oeuvres. La nature …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)


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